
|  |
|  | | Petits Fours | |
|
|  | | Bien que l'aventure de Pixies se soit arrêtée un jour de 1991, Frank Black n'aura jamais accepté de déposer les armes, sortant depuis plus d'une douzaine d'albums. Capable du meilleur (les deux premiers, "Frank Black" et "Teenager of the Year"), comme du pire (les autres...), il n'aura jamais réussi à recouvrer le succès, ni même à égaler le niveau qu'il avait atteint avec Kim Deal. Du côté de la bassiste et chanteuse, l'histoire des Breeders aura connu ses belles heures, mais le dernier rebondissement, "Mountain Battles", sorti l'an passé, n'avait plus l'étoffe de ce qu'avaient été capables de produire ensemble nos héros des années 90. Aujourd'hui, alors que plus personne ne faisait mine de croire à la résurrection de Pixies, ni d'ailleurs à celle d'aucun de ses protagonistes, c'est par la bande que Frank Black vient nous surprendre. Et c'est peu de le dire ! Le géant semble enfin avoir mis son ego de côté et c'est tel un gamin qui aurait retrouvé la fringale de ses vingt ans qu'il réapparaît. Le secret tient certainement à sa compagne, Violet Clark, qui a su lui faire renouer avec l'énergie et la candeur de sa jeunesse, le débarrassant de tous ses tics et des clichés qui minaient chacun de ses albums depuis plus de quinze ans. Au final, "Petits Fours" est bien plus qu'une mignardise et lorsque Violet et sa basse osent enfin s'installer c'est à la fois à la renaissance de Frank que l'on assiste qu'à celle de l'âme des Pixies. Enfin ! |  | | Christophe Labussière |  |
|  |

|  |
|  | | Fire on Corridor X | |
|
|  | | Adepte d'un psychédélisme sonique à souhait, All The Saints, hébergé par Touch and Go, nous offre avec cet album la parfaite mise en son de ses humeurs, belliqueuses mais néanmoins mélodiques. Des velléités que le groupe confronte à une trame sonore massive, les situant à mi-chemin de la noise et d'un lyrisme plombé par des guitares puissantes et inspirées. Cependant, il nuance son propos avec habileté sur des titres comme Hornett, intermède plus lancinant, moins asséné, ou encore Leeds, à l'acoustique séduisante, trouvant par ce biais une alternative à sa puissance débridée, à cette force de frappe qui constitue un sérieux atout et, pour tout dire, la sève de ce disque. Autre illustration de l'effet produit, un Fire on the Corridor X aux envolées noise à la fois subtiles et percutantes, ou un Sheffield puissant mais qui, à l'image de ce que le groupe parvient à faire sur la durée de l'album, distille des mélodies pures, noyées dans un déluge instrumental de bon aloi. Proposer un univers singulier, des morceaux dégagés de leurs influences, voilà qui honore All the Saints dont le compromis entre mélodies célestes, enlevées, et force de frappe constamment maîtrisée (Regal Regalia) donne sa pleine mesure et fait de ce disque une jolie révélation. All the Saints se permet même une sortie dans la sérénité, dans une pureté psyché-folk (Mil Mil) lui permettant de conclure avec brio un opus de haute volée, qui trouvera en toute logique une place de choix dans une scène déjà honorée par des groupes tels que Black Angels ou, dans un registre plus "local”, One Swith to Collision et son excellent "Korreckt!". |  | | William Dumont |  |
|  |

|  |
|  | | Plutonium Blonde | |
|
|  | | Le dernier album des Legendary Pink Dots a failli nous échapper ; la faute à un calendrier plutôt décousu de leur côté, le concert parisien ayant été programmé bien des mois avant la sortie de ce nouvel opus dont on ne se risquera pas à donner le numéro dans leur discographie qui n'en finit plus, et dont personne ne sait si elle s'arrêtera un jour. Ne nous voilons pas la face, le "Dream Logik Part One" d'Edward Ka-Spel sorti peu de temps avant nous avait inquiétés, et nos craintes étaient pour le moins justifiées. Et en fin de compte, le problème majeur de "Plutonium Blonde" demeure son titre d'ouverture : Torchsong. Construite sur une boucle inaudible de sept minutes, cette entrée en matière est une catastrophe naturelle dans l'univers des Anglais / Hollandais (on ne sait plus très bien après tant d'années). Le reste de l'album est cependant agréable (Rainbows Too?,Faded Photograph), mais il vient le moment de l'amer constat : oui, les Legendary Pink Dots ont perdu de leur superbe. Celle-là même qui s'était bonifiée tout au long des années 90, et qui s'est fanée dans les années 2000. Trop de disques parus -on se souvient de périodes fastes où trois albums pouvaient sortir de leur studio tous les ans- ont peut-être eu raison de ce génie auquel criaient certains d'entre nous il y a encore quelques années. Heureusement, une nouvelle décennie commence très bientôt, gageons qu'elle leur portera chance et meilleure inspiration. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |

|  |
|  | | The Workers Party Of Haiti | |
|
|  | | Dans le petit monde de l'industrial dance music nouvelle génération, certains noms reviennent en permanence et sont souvent associés les uns aux autres. Une famille semble s'être trouvée, allant parfois jusqu'à partager le même label ; c'est par exemple le cas de Marching Dynamics et de Tonikom, tous deux signés sur Hymen. On pourrait ajouter Ad.ver.sary, Urusaï, Polyfuse, Subheim et quelques autres, dont les productions impeccables sont désormais assignées à résidence dans nos baladeurs et disques durs. Le second opus de Marching Dynamics s'inscrit dans une démarche consensuelle que tous les artistes ci-dessus semblent suivre, chacun possédant son propre son que les autres peuvent emprunter sous la forme exclusive d'une collaboration, soit par l'intermédiaire de titres communs (les fameux "vs"), soit par remixes interposés. L'Américain Shane Talada nous offre une suite à "Nailsleeper" (2007) avec "The Workers Party Of Haiti", dont on remarquera immédiatement la marque de fabrique : une palette sonore reconnaissable depuis le premier album, des rythmes aussi précis que des coups de scalpel, un son ample et extrêmement riche en samples télescopés, et un sens du détail conférant à chaque morceau un petit quelque chose d'unique, comme ces notes de piano et de trompette sur Situations Vacant. Ce second album est bien évidemment plus que recommandé, il est indispensable. Quant à ceux qui ne possèdent pas encore "Bone Music" d' Ad•ver•sary -sorti l'an dernier-, ils n'ont plus aucune excuse puisqu'il est désormais disponible gratuitement sur le site officiel du Canadien ici. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |

|  |
|  | | Two | |
|
|  | | Avant toute chose il faut bien avouer que les albums solo de la Miss ont toujours été de vraies déceptions. Non pas qu'ils furent totalement ratés, mais la réputation de "DJ à la renommée internationale" qui la précédait avait un peu faussé la façon dont ces disques pouvaient être accueillis et, surtout, elle avait elle-même positionné la barre plutôt haute avec la qualité incontestable de ses collaborations antérieures. Avec "Two", ce n’est pas en solo qu’on retrouve la Grenobloise, car elle a de nouveau fait appel à The Hacker ; une collaboration qui résonne comme un appel au secours et qui ne pouvait au final qu'augurer du meilleur, recréant un binôme qui avait déjà largement fait ses preuves par le passé. Mais allons-y tout de go, il n'y a malheureusement pas grand-chose à récupérer sur ce disque. Peut-être un "hit" (1000 Dreams) au gimmick entêtant, mais ce sont surtout des titres sans saveur qui ne résisteraient pas à l'épreuve du blind test ("Indochine ?", "Lio ?", ...) qui s'enchaînent les uns aux autres. Miss Kittin confond "vintage" et "vieillot" et l'on n'arrive finalement pas une seule fois à répondre à cette question qui en devient omnubilante : mais pourquoi perd-on son temps à écouter un tel disque sans la moindre saveur ? Peut-être pour la reprise de Suspicious Minds, des Fine Young Cannibals ? Ha non, même pas, on me souffle à gauche que l'original est d'Elvis Presley. |  | | Christophe Labussière |  |
|  |

|  |
|  | | Happily Ever After | |
|
|  | | Dans la mouvance musicale cold-wave/post-punk aujourd'hui trop souvent galvaudée, il est rare de tomber sur un album qui vous secoue véritablement les tripes. Matt Sims a pourtant réussi avec "Happily Ever After", son troisième opus, à produire un disque qui devrait vous hanter longtemps. D'une chrysalide, Mount Sims, auparavant entité monocéphale, s'est transformé en papillon. Il compte en effet désormais dans ses rangs la Canadienne Randy Twigg et son jeu de basse particulièrement époustouflant, sérieusement typé cold-wave, et André Lange, responsable des frappes chirurgicales sur la batterie. Après une courte intro éponyme emplie de noirceur et expérimentant une chute bruitiste, le titre Grave risque de vous hanter longtemps avec ses lignes de basse ronronnantes, son refrain entêtant ornée de somptueuses assises synthétiques et ses paroles aux symboles froids et pénétrants ("Children in the garden... Digging our own graves...") ; le décorum sonore est planté, ne s'enchaîneront alors que des hits d'une beauté blafarde qui redonneront ses lettres de noblesse aux grandes heures du mouvement du début des années 80, bien loin des "gonflettes gothiques mainstream" du moment. La présence ensorcelante du saxophone, joué par Jessie Evans sur plusieurs morceaux comme Andy or Jenny ou Dig it in, apporte un côté décadent et grandiose à ce dandysme gothique raffiné et moderne que constitue ce formidable album, ultime vestige d'un courant musical qui se voit ici réanimé avec une verve, une originalité et une fraîcheur que l'on n'avait plus entendues depuis des lustres. Mt.Sims est la relève assurée du son glacé et mélancolique du début des années 80 pour les décennies futures. À découvrir de toute urgence ! |  | | Jean-Marc Chabrerie |  |
|  |
|  |  |  |  | |  | | On avait découvert Terence Fixmer en 2003 aux commandes de la compilation "Aktion Mekanic" (avec à l'affiche Nitzer Ebb, Skinny Puppy, Front 242, Neon Judgement, A Split Second...), et l'on avait ensuite repéré par hasard que le Lillois portait sur scène des baskets blanches à velcro... Autant de signes extérieurs de bon goût, mais qui, plus sérieusement, ont vite laissé place à un véritable fait d'armes, être parvenu à ressusciter Douglas McCarthy (Nitzer Ebb) en lui (nous) offrant le parfait "Into the Night" (après un faux départ, le pénible "Between the Devil"). Par contre, quand le garçon officie seul, soyons clairs : on n'adhère pas. Cette succession interminable de boum boum boum lénifiants et cet hermétisme sans faille ne nous permettent pas une seule seconde de déceler le moindre sens à son travail, qui outre de rester un mystère, en devient simplement inécoutable. Son récent Fiction Fiction [Modulor] ne déroge malheureusement pas à cette règle. Du côté de Millimetric, le background est le même, mais les ficelles sont elles plus visibles : avec Expériences Modernes [M-Tronic] le Marseillais galvaude une électro froide et clinique qui a eu ses heures de gloire au milieu des années 80 avec des artistes comme Sigmund Und Sein Freund ou Klinik. Mais ce qui caractérisait ces groupes était leur capacité à inventer, à prendre des risques, et à donner une âme à leurs sons analogiques à la violence froide. Mais ici où est l'âme ? Où est l'intensité ? Oui, fort de sons à la Front 242 old school, le résultat peut parfois sembler fonctionner, mais mettez deux bimbos et une grosse voiture derrière un de ces morceaux, et vous aurez un clip parfait pour MCM, collez en arrière-plan des extraits du film "Apocalypse Now", et ce sera un insipide ersatz d'EBM... Il n'y a ni cohésion ni sensibilité globale. Et les quelques invités (The Horrorist , Martin Dupont ou encore The Hacker) n'y changeront rien : aucun d'entre eux ne parvient à donner du piment à cette affaire trop vite pliée. Le vrai bonheur provient d'Immolate Yourself [Bpitch Control], le dernier album des Américains de Telefon Tel Aviv. Outre un changement radical dans le style et la méthode par rapport à ses disques précédents, il offre au duo la perle de sa discographie avec une électronica cotonneuse, aux contours doux, précieuse et raffinée. Titre après titre, le disque évolue d'une façon subtile, avec des mélodies d'une beauté et d'une intensité époustouflante et, l'écrin de leurs compositions, sombre, parfois obscur, leur offre une profondeur inouïe. Une richesse et une précision dans l'ambiance et la réalisation qui les éloignent de leurs productions passées qui ne nous avaient, on l'avoue, jamais autant excitées. Joshua Eustis et Charles Cooper ont pour ce disque signé avec le label berlinois d'Ellen Allien, BPitch Control, qu'ils côtoyaient depuis leur collaboration récente à l'album "Walls" d'Apparat. Le 22 janvier dernier Charles Cooper est décédé ; le disque, sublime, semble porter d'une façon tristement prémonitoire tout le poids de cette disparition. |  | | Christophe Labussière |  |
|  |  |  | |  | Le dub a encore de beaux jours devant lui, tant que de nouvelles idées lui seront insufflées. La preuve est apportée par le quintet français InfraZer et son excellent premier album éponyme [Subwave]. Un son aussi aérien sur des riffs et une base dub est suffisamment étonnant pour mériter notre attention. La magie provient essentiellement de l'utilisation de machines, omniprésentes et diablement intelligentes. Lorsque le rythme s'accélère, le groupe se lance dans un rock instrumental où les phazers sont rois, où les guitares et les claviers se tordent, les uns autour des autres, pour un résultat extrêmement dynamique et probablement le meilleur du genre. Dans un tout autre registre, celui du hip-hop gonflé à l'industriel, Dälek nous présente son nouvel opus Gutter Tactics [Ipecac]. Fidèle à son habitude, le groupe américain ne lâche rien, ses instrumentaux et sa musique sont toujours aux antipodes du hip-hop tel que nous le connaissons partout ailleurs. Le duo, qui a récemment travaillé avec les Young Gods sur le projet Riot and Gods, sait à quoi s'en tenir et fait mouche à chaque album, le flow de Will Brooks (MC Dälek) se calant parfaitement aux instrumentaux dérangés voire malsains de Alap Momin (The Oktopus), qui empruntent autant aux larsens de My Bloody Valentine qu'aux rythmes hip-hop ou dubstep. Le troisième album de Final Selection, Clockworks [FlashPop Media], paru sans grand tapage fin 2008, est pourtant à bien des égards supérieur à la moyenne des sorties de synthpop allemandes qu'il nous est trop souvent donné d'entendre. Bien sûr, Final Selection sont de ceux qui ne se sont jamais remis de la confusion qui a régné dès lors que Depeche Mode a commencé à utiliser des guitares, et qui ont décidé de perpétuer une certaine manière de fabriquer de la musique pop : avec des synthétiseurs, exclusivement. Ce beau disque de pop électronique mélancolique ravira donc ceux qui pensent comme eux, avec ses mélodies honorables et ses programmations légères, son chant proche de Camouflage, et son refus de tomber dans les excès technoïdes épuisants. Beaucoup plus léger dans la forme, le sixième album de Pan•American White Bird Release [Kranky] est un concentré de douceur et de mystère. Mark Nelson sort régulièrement ses disques depuis douze ans, créant des paysages sonores tout en retenue, contemplant probablement le ciel et les étoiles, comme le suggère l'enchaînement des titres qui composent, mis bout à bout, une phrase explicite : There Can Be No Thought Of Finishing For ''Aiming At The Stars'' Both Literally And Figuratively Is A Problem To Occupy Generations So That No Matter How Much Progress One Makes There Is Always The Thrill Of Just Beginning. Dr. Robert Goddard In A Letter To H.G. Wells, 1932. Créée avec de "vrais" instruments (guitare, batterie mais aussi effets à tout va), cette musique ambient est particulièrement organique et a le mérite d'être différente. Terminons avec Begone Dull Care [Domino], le troisième opus des Junior Boys, ce duo de musique électronique venu du Canada dont le son est unique dans le vaste monde de la synthpop. À l'aide de leurs synthés un peu désuets, mais terriblement chauds, Jeremy Greenspan et Matt Didemus offrent une suite logique à "So This Is Goodbye" (2006), avec huit nouveaux titres dont la durée moyenne avoisine les six minutes. C'est chaud, ça groove et c'est idéal en fin de journée, tout le monde vous le dira. Si vous ne connaissez pas encore, c'est hautement recommandé, car véritablement original. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  | |  |  |
|
|  |  | |  |