Garbage
Not Your Kind Of People
[Stun Volume]
Sept ans se sont écoulés depuis "Bleed Like Me", le dernier album studio de Garbage, si l’on écarte volontairement la compilation "Absolute Garbage" sortie deux années plus tard. Aujourd’hui, parmi les légions de lentes reformations des groupes qui ont un jour compté pour de bon (Pixies, Dead Can Dance, The Stone Roses, etc. ), Garbage se distingue par le simple fait d’être le groupe qui est allé le plus vite en besogne. En clair, ses membres n’ont pas eu besoin de tester leur popularité auprès de leur public ni leur loyauté les uns envers les autres au travers d’une tournée mondiale avant de décider si oui ou non, ils passaient par l’étape de l’enregistrement d’un nouvel album. "Not Your Kind of People", c’est son titre, reprend les affaires là où elles s’étaient arrêtées et une seule écoute suffit pour se convaincre qu’il fallait vraiment reprendre du service, car prolonger le hiatus eut été du gâchis. Ces quatre-là ne font pas semblant, et l’alchimie qui opérait déjà sur le premier album en 1995 est là, intacte, reprenant même quelques gimmicks connus de tous (tout le monde aura vu le clin d’œil à Supervixen sur Battle in Me). Les perfections pop s’enchaînent les unes après les autres comme au temps de "Version 2.0", sans honte et avec, on l’imagine, un sourire en coin. Choisissez votre chanson préférée, le choix vous est offert titre après titre sur toute la durée du disque. Oui, Garbage est de retour et ceux qui pensaient prendre la place laissée libre en sont pour une déconvenue. À condition que les grandes vacances soient bel et bien terminées et que des nouveaux disques de cette qualité s’enchaînent, parce qu’on en redemande déjà.
Bertrand Hamonou


Grand Duchy
Let the People Speak
[Sonic Unyon ]
Si l'ex-Pixies Frank Black est connu pour être prolifique, il faut également le louer pour son éclectisme, qu'il met à profit depuis plusieurs albums où l'americana adoubée par le bonhomme côtoya des élans rock réjouissants sur fond de country authentiques. Sur ce nouveau disque, le second accompagné de son épouse Violet Clark, sous le nom de Grand Duchy, il impose des ouvertures 80's géniales, aussi enthousiasmantes que les originales, qu'il confronte à un rock vif, organico-synthétique, avec pour effet premier de générer un rendu passionnant et novateur. De surcroît, sa générosité dans la "livraison" accroit l'intérêt du tout, de même que la jolie voix de sa bien-aimée, à l'instar de bons rocks encanaillés du plus bel effet, aussi reptiliens que cadencés. La pertinence du projet Grand Duchy, et le choix d'associer sa compagne à l'aventure, sont ici pour la seconde fois brillamment validés et trouvent la meilleure des traductions sonores, aux envolées de claviers guillerets significatives. Ceci faisant, sans s'égarer, le pont entre les époques, entre les genres aussi, avec la maestria qui est la sienne et fait de ses différentes apparitions de véritables temps forts musicaux.
William Dumont


Lee Ranaldo
Between the Times and the Tides
[Matador Records]
Disappears
Pre Language
[Kranky]
En marge d'un Sonic Youth fragilisé par l'implosion du couple Moore/Gordon, Lee Ranaldo, le guitariste du groupe, qu'on a toujours su doué au chant, laisse avec "Between the Times and the Tides" libre cours à son inspiration, conséquente, qu'il matérialise avec superbe sur ce disque dont la majeure partie, d'un bel éclat pop-rock, évoque directement REM et sa flamboyance mélodique doublée d'un bel allant. Réussi, l'album étincèle et ne baisse en régime que l'espace de deux ou trois titres moins accomplis, pour un résultat dont la teneur n'étonne guère mais qui a pour vertu d'enfin illustrer sur le long format les aptitudes "pop" de Ranaldo.
Accompli, plus rock aussi, le "Pre Language" du Disappears de Steve Shelley, le batteur du groupe, l'est aussi. Sa fougue post-punk à la Wire/The Fall l'honore et en fait un des incontournables du moment, valorisé, aussi, par des embardées psyché du plus bel effet. Jamais conventionnel, il porte même des scories noisy à la Sonic Youth et des climats changeants, sombres, constamment prenants.
Deux arguments, donc, pour se consoler indirectement de la perte de vitesse de la formation d'origine des deux hommes, qui laissent de plus augurer pour l'un d'une carrière solo aboutie, et pour l'autre d'un parcours, avec Disappears, largement profitable.
William Dumont


Light Asylum
Light Asylum
[Mexican Summer/Cooperative Music]
Découvert via un EP qui contenait au moins deux titres essentiels (Dark Allies et Skull Fuct), Light Asylum est en passe de devenir (si ce n’est déjà fait) l’une des nouvelles sensations de la scène dark tendance électronique – aussi bien sur scène que sur les dancefloors underground. Ce premier véritable album se devait donc de confirmer les espoirs placés dans le duo mixte. Force est de constater, dès la première écoute, que la très androgyne Shannon Funchness et son austère compère Bruno Coviello ont su se créer un style propre, mélange d’EBM, d’électro-pop vintage, de minimal synth et de revival cold-wave dansant. Menées par la voix profonde, rugueuse et expressive de sa chanteuse (décrite, à juste titre, comme un mélange de Grace Jones et Ian Curtis), les compositions de « Light Asylum » associent l’énergie frontale de Nitzer Ebb à des sonorités synthétiques analogiques dignes des premiers Depeche Mode, auxquelles se rajoutent un côté clubby assez contemporain – mais qui n’exclut pas un style généralement dépouillé et parfois convulsif hérité directement de Suicide. Hypnotique, minimaliste, glacée et souterraine, l’ambiance générale de l’album est prenante de bout en bout, même si on peine peut-être à trouver d’autres titres aussi forts que ceux qui nous avaient révélé l’étrange couple. Toutefois, la forte personnalité de Light Asylum et l’étonnant équilibre qu’il maintient entre mélodie néoromantique entêtante et intensité électro-indus stroboscopique donnent à sa musique un puissant pouvoir de séduction, qui fait que l’on a beaucoup de mal à délaisser ce disque vénéneux…
Christophe Lorentz


PressGangMetropol
Checkpoint
[D-Monic]
On se dispensera de faire un historique trop détaillé de Corpus Delicti en rappelant simplement que la formation, originaire de Nice, reste le seul groupe gothique français dont la notoriété a réussi à dépasser nos frontières et que l'accumulation de clichés qui le caractérisait à l'époque, si elle pouvait amuser, n'a empêché aucune de ses productions d'être chacune d'entre elle une vraie réussite. On prendra par contre le temps, 14 ans après sa séparation, de s'attarder sur "Checkpoint", l'album de la reformation, même si le groupe, aujourd'hui amputé de sa batteuse, s'appelle dorénavant PressGangMetropol. Car il y a un problème, et il est de taille. Le choix de plagier leurs aînés, dans chacun des titres de ce disque, a plutôt du mal à passer. Chaque morceau, s'il ne débute pas par un quasi-sample d'interpol (Parade, National Prime), s'achève sur un de The Cure (Parade). Des collusions qui n'arrivent pas à se faire plus discrètes lorsqu'elles sont disséminées sur l'ensemble d'une seule et même chanson... Le guitariste semble ne connaître que deux accords, et le bassiste, à peine plus... Accords que l'un et l'autre déclinent à l'envi tout au long du disque sans ne jamais parvenir à se détacher de leurs "influences", osant même carrément des copiés/collés intégraux de chansons de The Cure (Answers, Checkpoint) ou de New Order (Empire Square). Le drame est que ces "sources d'inspiration" se limitent à seulement trois groupes... pas un de plus. Cet "amateurisme" inattendu se devait d'être dissimulé derrière une production dont le rôle aurait été d'équilibrer l'ensemble, d'effacer toutes traces du délit. Mais cette production est quasi inexistante. On croirait le disque enregistré sur un quatre pistes... une piste par instrument, une piste par groupe plagié. Trois pistes auraient d'ailleurs sûrement suffi. Pourtant, il faut le reconnaître, les mélodies sont là, le chant est de qualité... mais rien n'y fait, même des écoutes répétées ne permettent pas de sauver l'album. Tout bonnement incompréhensible.
Christophe Labussière


PressGangMetropol
Checkpoint
[D-Monic]
Né à l’orée des années quatre-vingt-dix, Corpus Delicti était l’un des fleurons du pur rock gothique français –qui n’a d’ailleurs compté que peu de représentants, contrairement à la mouvance cold-wave. Après trois albums brillants et une pseudo-reconversion électro-indus –et en dépit d’une reconnaissance internationale– le flamboyant combo niçois s’était séparé, chacun s’en allant poursuivre ses projets personnels pour s’éloigner toujours un peu plus de l’univers goth (l’indus rythmique de Kom-Intern, la pop mélancolique de Kuta, le trip-hop de Curl). Mais le temps a pansé les plaies et créé de nouvelles envies : le bassiste Christophe et le guitariste originel Franck ont fondé PressGangMetropol, qui s’est cherché pendant un temps avant de fixer son style grâce à l’arrivée du chanteur Sébastien. Ce sont donc bien trois membres originaux de Corpus Delicti que l’on retrouve aux commandes, associés à deux autres musiciens locaux aguerris. Pour autant, le groupe n’a pas grand-chose à voir avec Corpus… et c’est très bien ainsi ! Plutôt que de miser sur une vraie-fausse reformation et d’essayer de refaire (en forcément moins bien) la même musique qu’ils faisaient à la "grande époque" de la dark wave, les ex-Corpus Delicti ont plutôt choisi d’intégrer l’évolution de leurs goûts tout en rendant hommage aux artistes post-punk et new wave qui les ont marqués. De fait, les chansons de "Checkpoint" ont plus à voir avec ce que l’on peut entendre aujourd’hui de la part d’Interpol plutôt que d’un revival Christian Death ! Le chant de Sébastien est plus Bowiesque que jamais, ayant délaissé les hurlements de possédé au profit de belles lignes vocales mélodiques dans la lignée de son projet Kuta, la basse de Christophe, pleine de motifs entêtants, est souvent digne de celle de Peter Hook, et les guitares de Franck savent se faire épiques, nerveuses ou atmosphériques, comme chez Cure. Mélodieux et dynamique en diable, le disque égrène les tubes en puissance, portés par une production cossue mais jamais tapageuse. Sophistiquée et terriblement accrocheuse, la pop-rock aux nervures eighties de Press Gang Metropol s’appuie sur des compositions solides et un savoir-faire épatant. Sans doute qu’avec ce groupe, les niçois parviendront même à faire encore plus fort qu’avec Corpus Delicti : c'est-à-dire fédérer à la fois les nostalgiques des années quatre-vingt et toucher le public rock indé actuel –voire une audience encore plus large. Ce ne serait que justice…
Christophe Lorentz