| L’exercice de l’illustration sonore n’a rien d’inédit pour Mogwai. Déjà auteurs de la bande originale du film-documentaire "Zidane: A 21st Century Portrait", et collaborateurs de Clint Mansell sur celle de "The Fountain" de Darren Aronofsky en 2006 aussi, les Écossais ont profité de cette année prolifique pour franchir un pas et évoluer vers des contrées plus diverses, avec un son résolument plus inspiré par le stoner et l’électronique sur "Mr Beast" (2006), "The Hawk Is Howling" (2008) ou le plus récent "Hardcore Will Never Die But You Will" (2011). Si le post-rock de ses débuts, novateur et repris sans vergogne par moult formations -à commencer par les Japonais de Mono, studieux admirateurs appliqués-, avait probablement autant lassé le groupe que l’auditeur, Mogwai avait donc globalement lâché pas mal de ses gimmicks d’alors. Exit les accords mineurs, les mélodies languides et aériennes au profit d’un sursaut d’énergie, de chaleur, et davantage de bribes de voix distordues (voire de véritables "chansons", cf. Mexican Grand Prix sur "Hardcore…"), de claviers psyché virulents, de riffs plus metal, de mélodies plus épiques et immédiates. Toujours est-il qu’en 2012/2013, dès l’introductif Hungry Face, générique de la série "Les Revenants" de Canal +, Mogwai renoue avec une mélancolie et une finesse qu’on ne lui connaissait plus guère. L’image mentale se matérialise rapidement tant l’atmosphère est prégnante. Et même sans support visuel -à l’instar du groupe qui a commencé à composer sans voir une seule image de la série-, ces cinquante minutes défilent de façon limpide et cohérente, laissant l’auditeur face à ses propres fantômes, bienveillants au final. Les quatorze titres qui composent ce véritable album en appellent en effet plutôt majoritairement à la nostalgie de l’enfance, aux espaces infinis oniriques ou ancrés dans la mémoire, à coup de batterie balayée, piano lumineux et doux, violoncelle (Kill Jester) ou xylophone (This Messiah Needs Watching), mais convoquent également l’arsenal un chouïa plus bruitiste des maîtres ès post-rock écossais avec des saturations de clavier ou guitares (sur Modern ou Wizard Motor) pour une tension plus immédiate. Un album subtil dont se dégage une élégance sombre et enveloppante. |